Je ne m’attarderai pas sur le fait que l’organisation dont j’ai l’honneur de faire partie — le Forum de la Russie libre — est qualifiée par l’enquête de communauté terroriste, alors même qu’aucune décision émanant d’un quelconque organe d’État ne reconnaît à ce jour le Forum de la Russie libre comme tel. Pour l’instant, il s’agit donc uniquement d’une « organisation indésirable ».
Mais ce genre de détails m’intéresse peu — je m’efforce malgré tout de parler de choses importantes. Et ce qui importe ici, c’est la plateforme du Forum de la Russie libre, à l’élaboration de laquelle j’ai participé directement, et qui distingue fondamentalement le Forum de la plupart des autres organisations d’opposition. Je rappelle que cette plateforme peut être résumée en trois points.
Premièrement. Nous appelons à la restitution inconditionnelle à l’Ukraine de tous ses territoires reconnus au niveau international et actuellement occupés par la Russie, y compris la Crimée — oui, Krym tse Oukraïna, la Crimée c’est l’Ukraine.
Deuxièmement. Nous soutenons toutes celles et ceux qui luttent pour atteindre ces objectifs. Y compris les citoyens de la Fédération de Russie qui ont volontairement rejoint les Forces armées ukrainiennes.
Troisièmement. Nous reconnaissons comme légitimes toutes les formes de lutte contre la tyrannie poutinienne à l’intérieur de la Russie, y compris la lutte armée. Évidemment, nous éprouvons une profonde répulsion à l’égard des méthodes de l’État islamique, lorsque des personnes innocentes deviennent des cibles, comme ce fut le cas à Crocus City[1].
Mais les propagandistes du Kremlin, ceux qui alimentent la guerre, sont-ils pour autant une cible légitime ? Le Forum de la Russie libre n’a pas abordé cette question de manière spécifique et n’a adopté aucune résolution à ce sujet. J’exprime donc ici une position strictement personnelle.
Je considère que des propagandistes comme le présentateur Vladimir Soloviev, par exemple, méritent le même sort que le propagandiste nazi Julius Streicher, pendu sur décision du Tribunal de Nuremberg. Tant que ces monstres de l’espèce humaine ne sont pas entre les mains d’un nouveau tribunal de Nuremberg, et tant que la guerre se poursuit, ils constituent des cibles légitimes d’opérations militaires.
Comparer les propagandistes de Poutine à ceux de Hitler n’est pour moi nullement une figure de style. Une grande partie de mes écrits vise à démontrer la nature nazie du régime poutinien, avec lequel toute coexistence pacifique est par principe impossible. Je m’adresse, et je continue de m’adresser avant tout à l’Europe, en l’exhortant à se souvenir des fondements du système européen actuel. Depuis 1945, l’Europe s’efforce de bâtir un monde dans lequel les prédateurs ne seraient plus les maîtres de la vie — un monde fondé sur les principes de droit, de justice, de liberté, d’humanisme. L’Europe a accompli de grands progrès sur cette voie, et s’est définitivement affranchie des massacres de masse et des partages territoriaux par la force. L’Europe s’est habituée à penser que son monde sûr et prospère était protégé de manière fiable par un allié grand et puissant, de l’autre côté de l’Atlantique.
Aujourd’hui, ce monde vole en éclats sous les coups de deux scélérats qui s’y attaquent de concert : celui du Kremlin et celui de Washington. Aux États-Unis, ce sont des gens animés de valeurs proto-fascistes qui sont arrivés au pouvoir. Nous assistons à une tentative immonde d’alliance purement impérialiste entre deux prédateurs — une alliance encore plus ignoble que les accords de Munich de 1938. Si les annexions de Poutine sont légitimées, cela constituera une catastrophe pour la civilisation.
Europe, on t’a trahie. Réveille-toi, et bats-toi pour ton monde. Mort aux envahisseurs russo-fascistes ! Mort à Poutine, le nouveau Hitler, assassin et scélérat ! Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros !
C’est par ces mots que je termine habituellement mes interventions. Mais aujourd’hui, on va me demander si je reconnais ma culpabilité. Eh bien — ici, c’est moi qui accuse. J’accuse la clique poutinienne au pouvoir, gangrenée par l’odeur des cadavres, d’avoir préparé, déclenché et mené une guerre d’agression. Je l’accuse de crimes de guerre en Ukraine. De terreur politique en Russie. Et de corruption morale de mon peuple. Et c’est moi qui pose la question aux serviteurs du régime de Poutine présents ici, rouages insignifiants de sa machine répressive : reconnaissez-vous votre culpabilité dans la complicité des crimes de Poutine ? Vous repentez-vous de cette complicité ? Voilà. J’ai terminé.